Google Buzz, la fin de l’enchantement et le retour de l’Entreprise
Ne serions-nous pas en train d’arriver à l’année 2000 ? Rappelez-vous, mai 2000, l’explosion de la première bulle internet, le retour à la réalité pour tous les services de première génération du web, et le déploiement, lent mais sûr, des services internet et intranet par les grandes entreprises ?
Il y a deux jours, Google lançait Google Buzz (description assez complète en français, par Fred Cavazza), son énième essai de dominer le web social comme il domine la recherche et la publicité sur internet, pour contrer, selon certains, Facebook ou Twitter. Sans rentrer dans l’analyse du service ou la critique de la stratégie, certains points sautent aux yeux:
- Google essaye d’utiliser sa base installée (internautes et entreprises utilisant Gmail) pour exister dans le monde social;
- Google essaye aussi de fournir, au travers de Gmail, un service unique d’entrée dans le monde de la conversation, vers lequel convergeraient les flux mails, micro-blog, réseaux sociaux et qui rajouterait en plus une dimension locale avec la géolocalisation.
Je ne peux m’empêcher de me demander si Google n’est pas en train de nous refaire du Microsoft … Pourquoi cette question ? Le parallèle est frappant entre la stratégie de Microsoft de grandir en utilisant sa base installée Windows/Office et le mariage de Buzz avec Gmail. Ce qui est encore plus frappant est le parallèle que l’on ne peut s’empêcher de faire aujourd’hui entre Gmail et Outlook. Je ne suis pas avant tout un technologue, mais je crois comprendre que Outlook peut être utilisé comme un réceptacle pour tous les flux (RSS, sociaux, microblog, …) dans le monde Windows.
Pour Google, l’OS est dans les nuages et dans ce monde des nuages, Gmail remplace Outlook. Et, comme Outlook peut nous porter à donner la priorité à la “gestion de nos mails”, Gmail impose un usage qui, à terme, ne devrait pas faciliter la vie de l’internaute. En effet, l’intérêt du web social, de mon point de vue, était la multiplication de services simples (comme Twitter, Plancast, Foursquare, …) qui permettaient aux contributeurs d’inventer et développer de nouveaux usages; pour Twitter, nous pourrions même dire que le développement d’un nouveau langage était en marche, les fondements de sa grammaire (@, #, ff, …) émergeaient, les conversations prenaient place. Nous étions véritablement dans le développement de technologies sociales, au sens qu’Ollivier Dyens donne au mot technologie.
Avec Google Buzz, les internautes qui plongeraient dans cet accumulateur de conversations, séduits (trompés ?) par son apparente facilité, y perdraient la liberté de flâner et de construire. Flâner, entre les conversations, rebondir sur un Tweet, lire un billet, sauter vers un lien, se débrancher et approfondir un livre … Construire son propre bureau, choisir les onglets d’ouverture de son navigateur, les applications automatiques à l’ouverture de son MacBook, placer tout ceci dans un ordre cohérent avec le métier que l’on exerce, la passion que l’on vit, le rêve que l’on poursuit.
Avec Google Buzz, rien de tout ceci, la priorité revient au temps réel, à l’absence de réflexion (deep thinking), à l’absence de distance. Dans le web, la distance se mesure en onglets …
La priorité revient … à la productivité. Productivité dans la sphère sociale ? Evidemment : qui a dit que Google vise avant tout l’internaute ou le contributeur ? Après la pub, les revenus sont dans les budget SI des entreprises. C’est là, à mon sens, que se prépare à nous emmener Google Buzz.
Bientôt, entend-on de toutes parts, un Google Apps Store sera disponible, dans lequel les entreprises pourront faire leur marché pour construite une architecture d’entreprise dans les nuages, de l’ERP aux outils de communication et conversation … aux outils métier ? Nous verrons, mais ce qui semble sûr c’est que, ce que Microsoft est aujourd’hui capable de faire en interne avec Sharepoint, Google sera capable d’imiter demain avec … Google x ?
Du point de vue de l’internaute que je suis, Google me semble dépasser la limite … peut être est-ce une réaction contre une toute puissance difficile à accepter ..
Du point de vue professionnel, l’occasion me semble toute trouvée pour crier haut et fort le besoin pour l’entreprise de reprendre la main sur ce monde du web. L’entreprise, qu’en tant qu’entrepreneur j’ai tendance à défendre et à promouvoir, est la machine merveilleuse qui nous a permis de nous développer et d’arriver où nous en sommes. Il est temps qu’elle arrête d’acheter des logiciels et qu’elle reprenne son rôle d’éclaireur et d’architecte. Eclaireur vers une nouvelle croissance et architecte de nos espaces de travail.
A une époque où il est de bon ton (et souvent justifié) de décrier l’organisation taylorienne du travail et les limites actuelles de l’organisation de certaines de nos entreprises, il serait bon de recommencer à regarder vers l’avant. Le web 2.0 a été créatif. A l’Entreprise d’en utiliser le potentiel pour créer pour ses collaborateurs des espaces de collaboration et de travail qui répondent à une ambition et à une vision, et non pas à l’offre existante chez Microsoft ou Google.
Oui, il est urgent pour l’Entreprise de reprendre la main.


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