IT, RH, Com : bouleversements à venir
L’arrivée des réseaux et communautés dans les entreprises ressemble à s’y méprendre à l’époque du réengineering : changer les systèmes, accompagner le changement au niveau humain et communiquer, communiquer, communiquer. Pourtant, si ce sont bien les mêmes fonctions qui sont concernées, les façons de faire ont grandement changé.
IT : fonction, architecte
On pourrait dire, en simplifiant, que la fonction IT s’est grandement préoccupé de processus, de données, de contrôle et de reporting, dans les dernières années, en dehors de son rôle sur les infrastructure et l’urbanisation.
Dans le changement qui arrive, elle doit se donner une nouvelle dimension : celle d’architecte du nouvel environnement de travail. En parlant d’environnement de travail, je ne parle bien sûr pas d’une suite d’applications métier, bureautiques, collaboratives, et autres; je parle d’un lieu virtuel qui devienne un lieu de rencontres, de travail, de socialisation et de détente, à l’instar de ce qu’on été les bureaux physiques de nos entreprises depuis toujours. Le défi du nomadisme et de la mobilité sera non pas de faciliter l’accès des collaborateurs aux lieux de travail, mais bien de rendre ce lieu de travail en permanence connecté aux collaborateurs.
Si bien les problématiques classiques de confidentialité, de bande passante, de ressources, resteront importantes, je considère que l’impératif, pour la fonction IT, se situera ailleurs: dans sa capacité à créer un sentiment de reconnaissance et d’appartenance par la création de ce lieu virtuel dans lequel se rencontrent les collaborateurs de l’entreprise, mais aussi ses partenaires et ses clients.
Communication : apprendre à enseigner
La fonction communication sera-t-elle débordée à l’heure des média sociaux ? Rien n’est moins sûr à mon sens. Car il ne s’agira pas pour elle de produire et de diffuser des contenus, mais bien d’orchestrer les compétences de production et de diffusion de contenu des collaborateurs de la société. A l’heure de la révolution dans la prise de parole, la fonction communication devrait prendre du recul.
Elle devra assurer l’identification des collaborateurs capables de communiquer de façon pertinente sur les nouveuax média sociaux (rappellons-nous, dans les média sociaux, 1% de producteurs, 10% de contributeurs et 89% de lecteurs), et assurer aussi la montée en compétences de l’ensemble des collaborateurs. Et ces compétences ne sont pas triviales: loin de la capacité à utiliser un blog ou un wiki, c’est de la capacité à contribuer ponctuellement de façon articulée et de la capacité à contribuer dans le temps à une conversation qu’il s’agit; tout comme il s’agit d’être capable de créer autour de sa réputation professionnelle une véritable communauté.
La fonction communication devra aussi veiller à la cohérence des prises de paroles autour de l’entreprise. Assurer cette cohérence est un nouveau métier. Le nombre de nouveaux média explose tandis que les modes de prise de parole sur multiplient et les acteurs se diversifient. Véritables points d’inflexions des conversations qui parleront de l’entreprise, les professionnels de la fonction communication seront plus proches de l’animateur de communauté que de l’expert en communication.
RH : de la mesure sinon rien
Que restera-t-il à la fonction RH ? Les nouvelles compétences de communication déployées par la fonction communication, l’environnement de travail développé par IT, et dans tout cela, les managers de plus en plus acteurs dans les pratiques classiques d’entretien annuel, de recrutement, de développement …
Le vrai défi, à mon sens, sera de mesurer l’impact des investissements à venir puisque la plupart seront faits dans les domaines … du talent. Identifier les populations clé, définir des stratégies sur mesure pour chacune d’entre elles tout en assurant la cohérence d’ensemble et surtout, surtout, être capables d’établir avec la Direction une conversation suivie sur l’importance et la pertinence de l’investissement dans le capital humain.
En conclusion : collaborer, collaborer, collaborer
Sans travail la main dans la main entre ces trois fonctions, il est vraisemblable que les projets de changements collaboratifs ne pourront être menées de façon optimale. Le défi, à mon sens, pour ces trois fonctions, n’est pas simplement de vouloir travailler ensemble, mais bien de définir le cadre dans lequel elle co-développeront, ensemble, le nouvel environnement et les nouveaux modes de travail de leur société.
Le changement à venir: créer l’environnement et les modes de travail sur lesquels se fonderont la productivité, l’innovation et l’engagement des collaborateurs dans les prochaines années. C’est plus excitant que réorganiser des processus.


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Bonjour Luis,
Je fais suivre ton post (fort intéressant) à notre RH et RespCom. Cela va nourrir à coup sur nos prochains échanges…
J’ajouterai une fonction dans ce bouleversement annoncé : la DG. Pas de stratégie de collaboration efficiente sans “auto-organisation” et sans “contre pouvoir”.
Laurent
Merci Laurent,
Je suis d’accord, le rôle de DG est aussi impacté, et d’ailleurs ça fait quelque temps que l’on parle d’évolution des modes de leadership. Je crois que chaque entreprise doit se trouver un mode collaboratif, qui rentrera dans son style de management, et bien sûr le positionnement de la DG dans ce mode de management adapté est clé
Luis
Bonjour
Je suis la responsable comm dont parle Laurent. Je suis assez d’accord avec cette vision même si je n’arrive pas à mesurer encore à quel point cette maîtrise sera clé pour tous les secteurs économiques et la vitesse à laquelle il faudra se tenir prêt. Face à cette vision, la formation et la compréhension est une priorité pour les gens de la comm afin de rester en pointe et former les personnes de l’entreprise. Cette facette enrichit le métier de communication.
Oui, je crois que le métier de communication devrait être enrichi, voire même gagner en impact et en positionnement dans l’entreprise.
A quelle vitesse les choses vont-elles évoluer ? C’est en effet difficile à dire. Mon hypothèse est que la période de crise que nous vivons va fortement impacter les mentalités et rendre plus acceptables des façons différentes de faire les choses (comment communiquer avec ses employés et ses partenaires par exemple, de quelle façon leur donner plus de responsabilités). La période actuelle est propice pour prendre un temps d’avance (c’est souvent le cas avec les crises)
Bonjour Luis,
Merci et bravo pour cet article très intéressant.
Je partage bien sûr totalement ton point de vue. J’aimerais apporter quelques réflexions pour entrer dans la conversation qui se lance ici.
Je pense que les modifications d’organisation profondes que tu évoques sont liées, en termes de comm’, à une évolution de la notion d’identité d’entreprise. A l’identité « propriétaire » (conçue et animée par l’entreprise elle-même) que nous connaissons s’ajoute une couche collective non maîtrisée produite par un ensemble hétérogène de locuteurs (candidats, clients, partenaires, actionnaires, etc.). Au-delà de la seule réputation (notion finalement vieillissante), l’identité de la personne morale qu’est l’entreprise est créée par des personnes physiques internes (dépositaires) et externes (membres de la communauté de la marque). Et potentiellement – souvent – une même personne physique peut prendre la parole au sujet de la marque dans l’un et l’autre des cas (i.e. un collaborateur qui est aussi client) !
En outre, cette identité est construite par des prises de parole publiques de chacun des deux groupes. On passe donc d’une fonction conative du langage à une fonction référentielle où l’entreprise passe du statut d’émetteur à celui de référent. Je crois que c’est ici le point central qui justifie les bouleversements qui s’opèrent et que tu évoques, notamment sur l’enrichissement du rôle de la comm’ dont la fonction de brand guardian s’élargie considérablement en raison de la multiplication des prises de parole.
Pour ce qui concerne le calendrier, je crois qu’il faut que les marques comprennent qu’il y a urgence. En effet, les communautés externes ont déjà pris la parole et ce, de manière exponentielle depuis 2 ans. Les marques doivent la prendre très rapidement sur les mêmes modes collaboratifs afin, dans un premier temps, d’opérer un rééquilibrage quanti des discours.
Tristan
Merci pour ces commentaires Tristan,
L’évolution de la notion d’identité d’entreprise telle que tu l’évoques est très intéressante. Cette évolution d’une identité propriétaire vers une identité qui admette une couche collective est très riche de sens et très cohérente avec les évolutions de l’organisation d’entreprise. J’ai parlé par ailleurs de l’évolution de la notion de gouvernance de l’entreprise, non pas dans le sens assez financier de gouvernement d’entreprise, mais dans le sens d’un décentrement de la prise de décision (qui admet donc une négociation entre différents acteurs internes et externes avant que cette décision soit prise).
Je pense donc que cette identité élargie devrait aller de pair avec l’évolution de l’organisation d’entreprise (un partage plus efficace du pouvoir et une évolution des modes de prise de décision). Si je pousse ce raisonnement un cran plus loin, on s’attendrait aussi à une évolution dans la propriété de l’entreprise (appartient-elle aux actionnaires seulement, ou bien aussi à ses autres parties prenantes ?).
L’aspect public de la prise de parole, que tu évoques, lié à cette évolution parallèle de la fonction communication et de l’organisation de l’entreprise permettent d’imaginer une montée en puissance prochaine de cette fonction. Je suis d’accord avec le fait qu’il y a urgence. Il suffit de penser aux dégâts que pourraient faire des conversations non maîtrisées entre des collaborateurs de l’entreprise et, par exemple, une communauté d’analystes financiers ou de petits actionnaires.
Inversement, animer ces conversations est sans doute un moyen de création de valeur non financière qui rapprocherait l’entreprise de ses parties prenantes.
CHEF DE PROJET COMPETENCES H/F (DRH)…
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